Violence conjugale : demander l’aide de la police et être accusée d’agression
Tasha Dobni a été accusée d’agression par la police de Moose Jaw alors qu'elle l'avait appelée à l’aide parce que son ex-conjoint venait de l’agresser. Depuis, elle n’a plus très envie de recourir aux forces policières si elle se sent menacée. Or, des cas comme le sien ne sont pas si rares, selon des experts. Tasha Dobni raconte avoir appelé la police le 1er octobre 2024. Son ex-conjoint, avec qui elle avait rompu parce qu’il était infidèle, était venu chez elle pour la convaincre de renouer. Elle dit qu’elle avait son téléphone à la main pour contacter la femme qu’il voyait, quand il l’a attrapée par le poignet, a pris son téléphone et l’a projeté dans le salon, où il a frôlé son chat. Elle dit qu’il a fini par être capable de se lever et s'est sauvée dehors. Tasha Dobni montre des blessures au bras sur une photo qu'elle a envoyée à la police après l'altercation. Photo : Photo soumise par Tasha Dobni L’avocat de Tasha Dobni confirme que ces allégations ont été communiquées à la police. Tasha Dobni affirme que deux policiers ont répondu à son appel : un homme et une femme. Son ex-conjoint était toujours chez elle, dans un hamac, quand les policiers sont arrivés. Les policiers lui ont demandé ce qui s’était produit. Elle se souvient avoir dit aux policiers : Le Service de police de Moose Jaw confirme que Tasha Dobni et son ex-conjoint ont tous les deux été accusés d’agression ce soir-là. Selon Mme Dobni, c’était la deuxième fois que la police intervenait pour une altercation entre eux deux. L’ex-conjoint de Tasha Dobni n’a pas voulu faire de commentaires. Professeure émérite de la faculté de droit de l’Université d’Ottawa, Elizabeth Sheehy est aussi l’auteure de Defending Battered Women on Trial, qui examine la réponse du système de justice à la violence conjugale. La situation dans laquelle s’est trouvée Tasha Dobni n’est pas si rare, selon la professeure. Alors que, dans l'espoir d’offrir une meilleure protection aux femmes, des experts ont fait pression pour que la police engage des poursuites obligatoires dans les cas de violence conjugale, il arrive que cela soit utilisé contre des femmes en danger, et que les femmes comme les hommes impliqués dans des altercations soient poursuivis. Des données de Statistique Canada montrent que les hommes et les femmes ont tous deux rapporté des cas d’agression de la part de leur partenaire (17 % dans les cas des hommes et 23 % dans le cas des femmes). Cependant, dit-elle, la nature de ces agressions et leur incidence sont très différents. Les femmes sont plus susceptibles de subir les formes les plus graves de violence conjugale, dont des blessures physiques et des souffrances émotionnelles plus dévastatrices. Les femmes sont aussi 4 à 5 fois plus à risque d’être tuées par leur partenaire masculin que l’inverse. Des études montrent que le plus souvent, les femmes font usage de la force pour se défendre, ou en réponse à de la violence soutenue. Elizabeth Sheehy écrit que les actes de résistance et d’autodéfense des femmes, comme de pousser un homme, de lancer une bouteille d’eau ou de mordre un partenaire qui les pousse par terre, peuvent se tourner contre elles et mener à ces accusations d’agression. La sénatrice Kim Pate affirme qu’elle avait milité en faveur de l’inculpation obligatoire des hommes violents, alors qu’elle était directrice générale de l’Association canadienne des sociétés Elizabeth Fry. Elle ajoute qu’elle a pensé que cela aboutirait à une meilleure protection des femmes victimes d’abus. La police de Moose Jaw explique que des accusations sont portées lorsqu’une enquête approfondie révèle qu’il y a des motifs raisonnables de croire qu'une infraction de violence entre partenaires intimes a été commise. Mme Pate soutient que la police doit tenir compte de la personne qui appelle à l'aide, comme dans le cas d’un vol avec effraction. La sénatrice Kim Pate défend depuis des années les droits des femmes. Photo : The Canadian Press / Colin Perkel Les accusations portées contre l’homme et la femme ont depuis été suspendues parce qu'elles ne répondaient pas aux normes du ministère public et qu'il n'y avait pas matière raisonnable à condamnation. Une ordonnance d’interdiction de contact a été imposée à l’homme, et la police a demandé à Tasha Dobni de la prévenir si son ex-conjoint continuait de la contacter. Mais au mois de novembre, Mme Dobni, qui a comparu devant le tribunal pour répondre aux accusations portées contre elle, a été surprise de voir l’homme dans la salle. Ce dernier aurait même glissé une carte d’anniversaire sous sa porte quelques jours plus tard. Même si son avocat et son conseiller à la maison de transition de Moose Jaw lui ont conseillé de faire le suivi avec la police, Mme Dobni dit avoir perdu toute confiance. Avec les informations de Joelle SealJe pleurais et je n’arrêtais pas de leur dire : "je vous ai appelé pour que vous me protégiez. Je ne ferai plus jamais ça, je vais appeler un ami, un voisin, mais vous êtes les dernières personnes que je vais appeler si je suis encore en danger", dit-elle.
Je me suis énervée et je l'ai bousculé parce que le téléphone est ma propriété.
C’est alors, dit-elle, qu’il l’a plaquée face contre terre dans la cuisine en mettant tout son poids sur elle. Elle a des photos qui montrent des contusions à un œil, au nez, à la poitrine et à un poignet. Il pèse 113 kg, et le poids de tout son corps pesait sur moi, dit-elle. Je n’arrêtais pas de crier : je ne peux pas respirer, je ne peux pas respirer!

J’ai pété les plombs quand il a lancé mon téléphone et failli toucher mon chat. Je vais protéger ce qui m’appartient, c’est ma maison.
Je pense qu’ils n’ont pas aimé que j’ai dit avoir pété les plombs
, dit-elle. Les policiers ont ensuite parlé à son ex-conjoint, puis sont revenus la voir. En gros, ils ont mis ça sur le compte d’une relation toxique et nous ont accusés tous les deux
, dit-elle. Un phénomène courant
C’est complètement injuste, mais ça perdure, dit-elle. C’est une façon de dire : vous avez voulu l’égalité, vous l’avez. Voici comment nous allons interpréter ces scénarios, nous allons considérer les femmes comme étant aussi violentes, aussi dangereuses, aussi impliquées que les hommes.
Nécessité de changements
Le plus souvent, la version des faits de l'homme est considérée comme crédible au détriment de celle de la femme
, indique Mme Pate. 
Pourquoi aurait-elle pu appeler la police si elle n'avait pas besoin de protection ?
se demande-t-elle.Nous avons de nombreux exemples de femmes qui ont appelé la police, mais qui n'ont pas été prises au sérieux et qui ont fini par mourir, car leur signalement n'a pas été pris au sérieux.
J'ai la chance d'avoir les ressources nécessaires pour affronter la situation, mais de nombreuses femmes n’en ont pas et vivent toujours dans ces situations pour ces raisons
, déplore-t-elle.
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